I.1 - Analyses sociologiques de l’échec scolaire
Je travaille actuellement, dans le cadre du doctorat en sciences de l’éducation, sur les élèves dits " difficiles" en lycée professionnel de zone urbaine sensible. La classe avec laquelle j’ai choisi de travailler( je suis CPE dans cet établissement) regroupe un certain nombre d’élèves orientés par défaut dans la filière suite à un échec scolaire important, problèmes de compréhension, de comportements...Ces enfants, qui subissent depuis de longues années des appréciations et notes essentiellement négatives expriment leur révolte à travers des comportements dits " difficiles’ : incivilités, violence, refus de travailler, absentéisme, perturbations permanentes pour empêcher le cours de se dérouler correctement. Cause de souffrances pour les enseignants et les élèves eux mêmes.
En France, l’école est d’abord celle des parents, si les parents ne connaissent pas à l’avance ce qu’il faut faire à la maison pour que l’enfant réussisse, s’ils ne sont pas suffisament disponibles, si leur histoire personnelle est trop difficile à gérer et qu’ils ratent le suivi scolaire de leur enfant en début de scolarité, il est très difficile de rattraper le retard. La plupart des parents d’élèves ’difficiles’ que je rencontre, ont fait confiance à l’école et n’ont pas mesuré l’importance de leur rôle, à un moment donné tout cela leur a échappé et ils n’ont pas mesuré la souffrance de leur enfant. Qui est responsable ? Les programmes fabriqués pour les enfants suivis, l’école qui ne sait pas être suffisament attentive et trouver des palliatifs pour ses enfants là, (finalement, il serait anormal que tous réussissent !), les parents qui font trop confiance aux maîtres, les adultes qui n’alertent pas assez tôt et la société qui y trouve son compte ! ( c’est logique que les enfants d’idiots restent à leur place !) L’école se dit démocratique mais elle reste élitiste, non pas en fonction des milieux dont sont issus les enfants mais en fonction des parents et de la manière dont ils sauront s’adapter aux attentes de l’école ! Il faut sortir les enseignants de leur isolement, leur permettre de travailler ensemble, d’échanger leurs pratiques, il faut absolument les ouvrir aux sciences de l’éducation, dont ils ignorent l’existence, pour donner à leurs missions une valeur humaine et ne pas restreindre leurs connaissances à celles des matières qu’ils doivent enseigner. La psychologie, la sociologie, la pédagogie, l’art d’être celui qui apporte la connaissance, doivent faire partie de leur formation. On le sait tous aujourd’hui, enseigner les mathématiques ou le français ce n’est pas seulement enseigner une matière... il est difficile de réparer en seconde professionnelle les blessures d’une scolarité échouée, surtout lorsqu’on est orienté par défaut, il est difficile d’aider un enfant à panser ses blessures intérieures lorsqu’elles n’ont jamais été traitées, parfois on y parvient lorsque l’enfant exprime le besoin de se reconstruire, mais dans de nombreux cas, il est trop tard pour réconcilier ces jeunes avec l’école et on s’étonne du nombre de jeunes qui quittent l’école sans qualification ! A quand une école qui permette à chacun de se réaliser, avec ses aptitudes, ses incompétences, sans jugement de valeur, sans notes, qui valoriserait des compétences non reconnues actuellement : l’imagination, l’humour, la créativité, l’adresse, la sociabilité, etc... ?
l’échec scolaie c’est d’abord l’échec de l’école