Au début des années soixante-dix, trois jeunes parisiens, Fabienne d’Ortoli, Michel Amram et Pascal Lemaître, décident de fonder un établissement où les enfants apprendraient à la fois les savoirs scolaires et la vie en société. Libres et sans contraintes, ils participeraient aux cours comme aux tâches quotidiennes et seraient initiés à l’art, aux sports... Adultes et enfants vivraient ensemble dans le désir de s’épanouir et d’apprendre.
Leurs rencontres avec Fernand Oury et Françoise Dolto leur donnent espoir. Leur projet est réalisable et répond à un besoin pour les enfants à qui les écoles traditionnelles ne conviennent pas.
Après l’achat d’une maison en Normandie, les débuts de l’école sont difficiles. Non seulement, ils ont des problèmes d’argent mais, en plus, ils manquent d’élèves. Peu à peu, la Neuville s’organise. Elle accueille plus d’enfants et un deuxième bâtiment s’ajoute au premier pour les accueillir mais ils peinent à recruter du personnel adulte. Cependant, petit à petit, le besoin d’un lieu plus spacieux et mieux adapté se fait sentir et ils déménagent au château de Tachy. Le nombre d’élèves se stabilise entre trente et quarante enfants de 4 à 14 ans, de toutes origines sociales et l’équipe pédagogique passe de trois à six membres.
La Neuville est d’abord un établissement où adultes et enfants vivent en harmonie sans jamais se confondre. Elle est également un milieu de vie où ils trouvent toujours à s’occuper entre le travail scolaire, les activités et les tâches quotidiennes. Son but est de créer une ambiance scolaire favorable où les enfants ont le désir d’apprendre, un lieu où ils sont écoutés, libres de choisir et responsabilisés.
Lors de leur première visite, les enfants sont accueillis par deux élèves qui leur font visiter l’établissement. Ensuite, ils restent deux semaines pour mieux connaître son fonctionnement et tester si son organisation leur convient. Finalement, l’enfant prend seul la décision finale de rester ou non à la Neuville. Les nouveaux sont en général parrainés au début de leur scolarité par un ancien pour lui permettre de mieux s’intégrer.
Les lois ne sont pas écrites, vivent grâce à la mémoire collective et, si certaines ont été oubliées, c’est qu’elles étaient devenues obsolètes. Ce règlement est décidé par les enfants au cours d’une réunion hebdomadaire qu’ils président. Lorsqu’ils ne sont pas contents, ils écrivent dans le « carnet de ralâges » leur plainte qui sera lue et débattue le vendredi en présence de toute l’école. Les élèves décident eux-mêmes des sanctions qui prennent, le plus souvent, la forme soit d’une réparation, soit d’un service à rendre. Ainsi, ils se sentent écoutés et donc responsables du bon fonctionnement de l’école.
La vie en communauté et la responsabilisation à la Neuville entraînent une grande implication dans son fonctionnement et dans son entretien. Ainsi, les élèves se débrouillent seuls pour se lever, préparer leur petit-déjeuner, ranger leur chambre... Ils se partagent les tâches pour les autres repas : à tour de rôle, ils font la cuisine, servent les plats, maintiennent l’ordre à table et débarrassent. Le soir, tout le monde participe selon ses capacités aux tâches ménagères : passer le balai, sortir les poubelles, nettoyer les toilettes... Grâce à ces activités, les enfants s’approprient et se sentent responsable de « leur » école.
Les cours ont lieu tous les matins de 9 heures à douze heures trente. L’enseignement suit les instructions officielles mais chaque enfant peut aller à son rythme. Dans les trois classes, le temps est partagé entre un travail collectif avec le maître et un travail individuel durant lequel l’adulte se contente d’être présent. Les élèves peuvent librement se déplacer, parler, aller chercher un livre... Régulièrement, des réunions de classe sont organisées pour préparer le travail quotidien, faire des projets et régler les éventuels problèmes d’attitude de certains élèves. Ainsi, l’enfant étudie à son rythme, travaille sur ce qui l’intéresse quand il le veut et retrouve le désir d’apprendre.
L’après-midi, chaque enfant choisit l’atelier auquel il veut participer : musique, cuisine, comédie musicale, bricolage, promenade, cross, football, imprimerie... Les adultes sont présents lors des activités mais ne commandent pas et n’imposent pas leur choix. Ces occupations permettent aux enfants d’exprimer leur créativité et de s’épanouir dans des loisirs qu’ils aiment ou qu’ils découvrent.
Tout au long de la journée, les enfants peuvent se tourner vers les adultes s’ils en ressentent le besoin. Cependant, ceux-ci évitent d’interférer dans leur relation, d’avoir à imposer un choix et préfèrent reporter les discussions à la réunion hebdomadaire pour que toutes décisions soient prises en commun.
A la naissance du projet, Fabienne d’Ortoli, Michel Amram et Pascal Lemaître étaient surtout inspirés par les techniques de la pédagogie Freinet et la volonté d’approfondir les méthodes pédagogiques observées dans les autres écoles nouvelles. Cependant, ce sera en 1975 qu’ils rencontreront la personne qui aura le plus d’influence sur leur pédagogie. Françoise Dolto a, dès le début, conseillé les fondateurs de la Neuville et son implication augmentera avec les années. Après les avoir encouragé à concrétiser leurs projets, elle les conseilla régulièrement sur les attitudes à adopter face à certaines situations et sur les pratiques pédagogiques. Par exemple, elle fut à l’origine du sablier, outil pédagogique utilisé pour apprendre aux enfants à apprécier le silence et aida l’équipe pédagogique à réfléchir au sujet des sanctions. Elle envoya plusieurs de ses patients à la Neuville comme Paul et Didier qui s’adaptèrent bien à la vie sociale proposée par l’école. Son influence fut si importante pour les fondateurs que Françoise Dolto fut nommée marraine de l’école et que l’établissement fut rebaptisé « Ecole de la Neuville - Groupe de recherches pédagogiques Françoise Dolto » après sa mort.
Fernand Oury fut également l’un des premiers à encourager la création de l’école. L’équipe pédagogique s’est beaucoup inspirée de ses méthodes comme par exemple, du système de ceintures de comportement dont la couleur dépend des capacités de l’enfant.
Finalement, la Neuville est une école nouvelle s’inspirant de la pédagogie prônée par Françoise Dolto et s’enrichissant des conseils de Fernand Oury. En rendant les enfants responsables de leur école, elle permet non seulement d’acquérir les savoirs scolaires mais également d’apprendre l’autodiscipline et la vie en société. Ils s’épanouissent et retrouvent le désir d’apprendre.