A. van Zanten va mettre en lumière un certain nombre de processus et leur rôle à travers l’analyse de cette forme scolaire qu’est l’école de la périphérie et apporter des éclairages nouveaux sur l’évolution des dynamiques de ségrégation et d’intégration scolaires à trois niveaux :
Sans réflexion et en l’absence de projet politique et éducatif et face à la difficulté d’en construire un la ségrégation se perpétuera.
Le fonctionnement de l’école de la périphérie participe de la reproduction d’un ordre social inégalitaire et menacé d’éclatement. Tous les acteurs ( parents, élèves, professionnels de l’éducation) y contribuent de manière plus ou moins consciente.
1.1 les familles : entre captivité et tentatives d’échappement
Les stratégies des familles( retrait, colonisation, évitement) montrent qu’elles ne sont pas seulement victimes de leur situation de relégation, si elles le vivent douloureusement elles s’en satisfont ou développent des pratiques pour transformer le contexte local à leur avantage ou l’évite pour mieux s’intégrer. Ces pratiques ont pour conséquence le maintien ou l’émergence de ségrégations. Les conditions de socialisation se dégradant l’ensemble des familles est fragilisé. Il s’agit de l’exemple type d’un effet pervers lié à l’interaction entre les pratiques des « clients » et la dégradation des « produits » dans un contexte où les établissements locaux ont du mal ou ne souhaitent soutenir concurrence avec établissements publics parisiens et privés
1.2 Les professionnels de l’éducation : entre relégation et accroissement de l’autonomie
Même si la nomination dans ces établissements est vécue comme une forme de relégation par les professionnels et induit des attitudes de fuite, elle révèle des bénéfices incidents en terme de revalorisation professionnelle et d’autonomie.
Les chefs d’établissements développent une polyvalence autour de tâches plus gratifiantes (réunions extérieures), une indépendance plus grande vis-à-vis des règles administratives, (création de bonnes classes) et assoient leur pouvoir en diversifiant leur rôle.(organisation de l’enseignement, mise en place d’actions avec des partenaires extérieurs, amélioration du cadre bâti, mise en place de dispositif contre l’échec scolaire ou la violence avec autorités locales )
Les enseignants essaient de rendre leur séjour vivable dans ces établissements et tente d’y trouver un intérêt professionnel (ils ont affaire à des parents et des supérieurs peu exigeants, les plus jeunes peuvent faire de l’expérimentation pédagogique sans trop de risques, les plus âgés se construisent compétence qui les autorise à revendiquer une égalité voire de supériorité par rapport à leurs collègues plus jeunes et plus titrés).
L’utilité sociale de leur travail est reconnue plus qu’ailleurs, ils ont un pouvoir lié aux informations qu’ils détiennent, la place de la discipline et la coordination d’actions éducatives donne un rôle important aux CPE On voit donc que ces acteurs trouvent des gratifications à travailler dans l’école de la périphérie c’est pour cela qu’il n’y a pas démobilisation, certains y construisent leur carrière mais il existe des effets pervers : Accroissement des ségrégations en matière d’organisation interne (classes de niveau), investissement à l’extérieur pour les chefs d’établissement qui entraîne démobilisation et climat anomique dans les établissements n’en font pas des lieux de réussite et d’intégration.
Du côté des enseignants, les pratiques renforcent le processus d’infériorisation des élèves (pas de projet à long terme en direction des publics défavorisés, adaptation au niveau des élèves) Pour tous le risque est grand de se contenter de bonnes relations entre eux sans s’occuper de leur impact sur leurs élèves.
1.3 Les élèves : entre résignation et efforts pour faire face
Ce sont eux qui subissent le plus les effets de la ségrégation résidentielle. Ils se démobilisent face aux apprentissages les mauvaises classes ne les stimulent pas. Ils se résignent plutôt qu’ils ne se révoltent face à ce que l’institution leur offre et vivent dans une insatisfaction relative mais passive. Ils ne sont pas simples victimes, certains développent des tactiques ( réduction des cadences dans la classe, développement d’ un climat d’agitation) et arrivent à faire prévaloir et tolérer des éléments de leur culture (langage, tenues vestimentaires et développer des sociabilités spécifiques qui font intervenir des affinités interethniques étrangères à l’univers scolaire).
Ils participent ainsi au maintien de la ségrégation en contribuant à réduire leur charge de travail, leur motivation leur crédit auprès des enseignants, ils accroissent leur chance de décrochage, d’échec, de déviance.
Tous les acteurs participent donc de cette reproduction qui n’est cependant pas complètement stable et automatique elle se fait pas sans insatisfactions ni conflits ce qui entrave la perpétuation à l’identique des modes de fonctionnement.
Il existe des tensions notamment sur la mission d’intégration de l’école qui doit concilier l’ordre local et des valeurs centrales.
2.1 Des professionnels ou des éducateurs
L’école a perdu de sa solidité elle n’arrive plus complètement à répondre aux attentes en terme de moralisation (faire l’éducation des jeunes, adhésion à des règles et des codes moraux alors que ces attentes sont encore plus fortes dans l’école de la périphérie aussi bien de la part des autorités pour des raisons de cohésion sociale que de la part des parents qui sont soucieux d’assurer l’intégration de leurs enfants.
Les difficultés à trouver des normes entre enseignants et entre enseignants et non enseignants et à faire front uni face aux élèves permet aux élèves d’en jouer. Il n’y a pas de travail en profondeur pour assurer l’adhésion des élèves à des normes de façon durable, il ne s’agit que d’un travail de surface destiné à retenir les parents où à se faire bien voir de la hiérarchie.
2.2 Bons parents ou bons citoyens
Les parents hésitent entre deux attitudes être bon parent et protéger leur enfant et lui assurer un bon avenir et être de bons et loyaux citoyens en laissant leur enfant dans l’école du quartier défendant ainsi l’école de la périphérie, mais ce loyalisme s’érode car il n’est pas politiquement relayé. Devant les difficultés à construire des normes cohérentes dans l’école parents et enseignants se renvoient les responsabilités : les parents demandant à l’école un encadrement moral, les enseignants se plaignent des parents jugés démissionnaires tant au niveau familial que citoyen. Les associations de parents n’ont qu’une représentativité limitée et de plus y compris en leur sein, les parents des couches populaires et immigrées sont tenus pour responsables de la dégradation des conditions d’enseignement dans les écoles ce qui empêche une alliance entre les différents parents. Mais de l’autre côté les établissements ont du mal à fonctionner comme de véritables espaces publics où les parents pourraient ensemble construire un ordre local ce qui ne fait que renforcer les attitudes individualistes et consuméristes des parents.
2.3 Les élèves : entre accommodation et tentatives de réappropriation
Les collégiens se situent dans une logique d’accommodement, ils s’adaptent en faisant entrer leurs normes dans le collège ou en respectant certaines normes de l’institution mais en ne les transposant pas à l’extérieur. Ils ont donc du mal à se soumettre à ses valeurs et à s’approprier ses buts dans la mesure où elle joue un rôle de tri social en organisant la sélection et ne garantit plus l’intégration et l’insertion. Beaucoup ne sont pas transformés par leur expérience scolaire ce qui les conduit au retrait et à la résignation.
Devant ce constat, AVZ s’interroge sur les raisons d’un tel fonctionnement et met en cause l’absence de régulation.
Une régulation efficace avec des finalités clairement définies permettrait aux acteurs locaux d’être moins passifs, plus mobilisés et d’amoindrir les postures individualistes ce n’est pas ce qui se passe :
Que ce soit de la part de l’Etat ou de ses émanations, des syndicats ou des associations peu de choses sont mises en place pour réglementer ces problèmes. L’évaluation quand elle existe est peu coordonnée et ne conduit pas à réfléchir sur les actions. Les arrangements locaux sont privilégiés ( politique des dérogations, politique des bonnes et mauvaises classes, la politique des délégations informelles) Il existe également une tendance à déléguer à l’échelon inférieur sans coordination ou à déplacer les problèmes horizontalement vers d’autres services (transformation des problèmes de discipline en délinquance)
Les collectivités territoriales ne jouent pas un rôle de régulation véritable et ont tendance à s’intéresser aux classes moyennes plutôt qu’aux habitants des quartiers défavorisés. Les syndicats et les associations de parents ne sont pas associés aux décisions locales et auraient du mal à concilier des intérêts parfois divergents.
Cette absence de régulation ne permet pas le traitement à long terme des inégalités et des risques d’exclusion sociale dans l’école de la périphérie.