Les deux dictionnaires de Larousse et le Dictionnaire de Littré, publiées à la fin du XIXème siècle, marquent profondément la lexicographie, et le paysage lexicographique du début du Xxème siècle est dessiné par les choix et les méthodes utilisés lors de la rédaction de ces ouvrages.
Moins de dix ans avant la parution du Petit Larousse Illustré de 1905 sort le Nouveau dictionnaire de la langue française qui comprend un Dictionnaire de la langue française (623 pages), un Dictionnaire de prononciations (10 pages), des Notes scientifiques, étymologiques, historiques et littéraires (66 pages) et un Dictionnaire des langues latines (15 pages). Ses rééditions successives, sous de multiples intitulés, lui assureront un succès important jusqu’à la parution du Petit Larousse Illustré proprement dit, sous la direction de Claude Augé. La division en trois parties (langue française, locutions, histoire et géographie) et les illustrations « documentaires » se maintiennent au grès des éditions successives et des refontes que connait périodiquement le dictionnaire. En 1906, 200 000 exemplaires s’en étaient vendus, et en 2000 plus d’un million. En 1956, la librairie Larousse commence à utiliser des cartes perforées pour la préparation de ses dictionnaires, afin de concevoir les dix volumes du Grand Larousse encyclopédique (1960-1964) en procédant pour la première fois à un inventaire méthodique et systématique du vocabulaire usuel. Considéré aujourd’hui comme une référence par la « maison Larousse », il demeure un dictionnaire encyclopédique avec 59 000 mots sélectionnés dont certains admettent des commentaires encyclopédiques, et 4 600 graphiques.
Paul Robert engage dès la fin de la seconde guerre mondiale des collaborateurs pour rédiger le premier fascicule de son dictionnaire, et obtenir la reconnaissance de l’Académie française en 1950. En 1952 et 1953, il recrute Alain Rey et Josette Ray-Debove avec qui il achève les six volumes du Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française en 1964. Se comble alors le vide laissé par l’ouvrage de Littré qui n’avait pas été réédité : les articles sont présentés suivant une arborescence rigoureuse, ils s’appuient sur un riche corpus de citations et une place prudente est laissée aux néologismes et aux termes vieillis susceptibles d’être utilisés. Par ailleurs, l’idée forte de Littré est maintenue : mettre des mots en réseau sémantique selon le programme analogique. En 1967 est publié le Petit Robert, Dictionnaire de la langue française, qui répond aux mêmes principes que le grand dictionnaire. Le Petit Robert, dictionnaire de langue, s’impose comme un ouvrage complémentaire du Petit Larousse, dictionnaire encyclopédique.
La parution des Cahiers de lexicologies, créés et dirigés par Bernard Quemada le début d’une collaboration étroite entre la linguistique et la lexicographie : les dictionnaire font l’objet d’une attention de la part de la communauté scientifique des linguistes, et en retour les lexicographes se tournent vers les linguistes pour y puiser le matériel scientifique nécessaire à la fabrication des dictionnaires.
Dans la seconde moitié du XXème siècle sont publiés plusieurs petits dictionnaires, conçus et dirigés par des linguistes : le Dictionnaire fondamental de Gougenheim (1958) se base sur des enregistrements de conversation pour refléter un vocabulaire fondamental en usage ; le Dictionnaire du français contemporain de Dubois (1966) est organisé suivant un dégroupement homonymique et un regroupement sémantique ; le Lexis (1975) rédigé par l’équipe de Dubois reprend l’organisation du DFC en en triplant le nombre de mots ; le Robert méthodique (1952) élaboré par Rey-Debove propose une radiographie pertinente de la langue en analysant les mots à partir des éléments qui les composent ; le dictionnaire du français vivant (1972) de Davau, Cohen et Lallemand réintroduit la dimension étymologique de la langue et ne propose qu’une phrase-exemple et une explication pour définir la plupart des mots.
Un des plus grands projets de la lexicographie française, initié par Paul Imbs lors du colloque qu’il a organisé à Strasbourg en 1957, est la création du Trésor de la langue française, Dictionnaire de la langue du XIXème et du XXème siècle. Le travail débute réellement en 1961 lorsque Imbs et Quemada, soutenus par le CNRS récemment créé, font l’acquisition du plus gros ordinateur existant à cette époque. Un programme de saisie de texte original permet de dépouiller près de 80 millions d’unités-mots. Une centaine de chercheurs travaillent pendant 30 ans sur ce projet, dépouillant plus de 3 000 textes littéraires, scientifiques et techniques. Les linguistes analysent les attestations tirées de la base informatique pour produire des articles conçus comme des monographies, et l’ouvrage atteint 23 000 pages, 100 000 mots, 450 000 entrées et 500 000 citations précisément identifiées. Les sept premiers volumes paraissent entre 1971 et 1979 sous la direction de P. Imbs, et les neufs suivants entre 1980 et 1994 sous la direction de B. Quemada. Les mots y sont rigoureusement organisés suivant une filiation historique des emplois dans le discours (classement par ordre chronologique des définitions), définis grâce aux analyses sémantiques et morphologiques des linguistes.