Les sociologues, quand ils parlent des problèmes de violence dans les quartiers populaires sont souvent perçus comme voulant « excuser » les jeunes car ils expliquent leur genèse par un contexte économique et social. Ils donnent une sorte « d’alibi sociologique aux conduites déviantes des jeunes* ». La sortie de ce livre « 80% au bac et après... » aurait pu susciter le même genre de réaction appliqué à l’école. En effet, l’accès facilité aux études a tendance à laisser penser que chacun est responsable de sa destinée, et l’on attribue moins volontiers les inégalités scolaires aux injustices sociales : réussite et échec sont perçus comme étant dus aux qualités personnelles des élèves. Ce que cette enquête au long cours, dans un quartier populaire, a permis de comprendre c’est combien ces jeunes ne peuvent être tenus pour entièrement responsables de leurs échecs. Cependant, le livre a parfois servi d’argument pour justifier l’échec de la politique des « 80% au bac » à ceux qui voulait la remettre en cause. En effet, le ministre de l’éducation nationale de la nouvelle majorité politique en 2002 parlait « de démocratisation en panne » et de la remise en cause de cet objectif. Mais finalement, il restera en vigueur, y compris dans la toute prochaine réforme Fillon.
Ce qui est intéressant parce que rare, c’est que ce livre donnera lieu à des réactions de la part de jeunes de quartiers populaires qui écriront des courriels à l’auteur pour dire combien ils se retrouvent dans ce livre ce qui lui fera écrire « ils ont découvert le pouvoir potentiellement libérateur de l’analyse sociologique ». L’auteur entretiendra même une correspondance pendant plus d’un an avec l’un d’entre eux, Younes, qui donnera lieu à la publication récente d’un livre . Younes, s’adressant au chercheur trouve une légitimité pour faire entendre une autre voix sur les jeunes de banlieue souvent stigmatisés par les médias, interpellant ainsi la les faiseurs d’opinion et la société française.