Points de départ et d’arrivée des interprétation, les dictionnaires rassemblent et définissent les mots, qui eux-même interprètent la société. Les limites qui pèsent sur le dictionnaire, du point de vue de l’interprétation, se situent donc à deux niveau : en amont d’une part, les auteurs sont limités dans leur travail d’interprétation ; en aval d’autre part, les usagers sont limités par leurs diverses représentations de la langue et des dictionnaires.
Le lexicographe (l’auteur) doit choisir les mots qu’il retiendra dans un lexique presque illimité, déterminer des limites temporelles à son travail en choisissant l’épaisseur chronologique de son ouvrage, se prononcer sur le degré d’intégration des mots scientifiques et techniques, des archaïsmes et des néologismes, et enfin créer un mode de présentation des entrées (marcostructure) et des articles (microstructure). Les dictionnaires de langue française, très nombreux, peuvent donc être catégorisés suivant plusieurs paramètres constitutifs :
Le mode de classement (présentation des mots) :
La langue :
Nature des informations recueillies :
Description proposée dans les articles du dictionnaire :
Attitude adoptée devant le lexique de la langue :
Finalité de l’ouvrage :
L’usager quant à lui est sous l’influence de ses propres représentations de la langue et du dictionnaire. La typologie suivante s’efforce de rendre compte de la diversité des représentations possibles et des usages qui en découlent.
Le dictionnaire-oracle :
Un dictionnaire prestigieux est considéré comme une « bible » incontournable, chacun de ses articles étant une vérité transcendante et intemporelle. Telle fut pour beaucoup le statut du « Littré » dont l’absence de réédition au cours de la première moitié du XXème siècle lui conféra une aura légendaire (cf. infra).
Le dictionnaire-loi :
Les définitions proposées sont conçues comme universelles et faisant force de loi. Dans certaines circonstances, la justice elle-même s’est appuyée sur les définitions de dictionnaires pour rendre des jugements.
Le dictionnaire tranquillisant :
Le dictionnaire est censé représenter fidèlement le véritable usage des mots. Selon cette perspective, un mot absent du dictionnaire n’existerait pas, alors que la langue est par nature fluctuante.
Le dictionnaire intemporel :
La possession d’un dictionnaire, qu’elle qu’en soit la date, est conçue comme un moyen de connaître l’état figé de la langue.
Le dictionnaire à contre-pied :
Mauvaise utilisation du dictionnaire reposant sur une mauvaise connaissance des spécificités des ouvrages existants. Ainsi, certains cherchent des informations encyclopédiques dans le Petit Larousse et espèrent connaître les usages d’un verbe dans le Petit Robert.
Le dictionnaire sous-utilisé :
Le dictionnaire n’est souvent utilisé que pour lever l’ambiguïté sur un terme ou pour connaître l’orthographe ou le sens d’un mot. Les autres fonctions du dictionnaire sont ignorées.
En revanche, les dictionnaire sont soumis à l’examen critique de spécialistes, qu’ils soient lecteurs assidus ou linguistes. De fait, un dictionnaire est toujours loin de la perfection, et nécessite des améliorations et des adaptations permanentes. Dans la partie suivant, qui traite de l’histoire des dictionnaires de langue française, on comprend que les dictionnaires actuels sont le fruit de longues réflexion sur la meilleure façon de construire un ouvrage de ce type.