L’étude menée sur le public des deux écoles primaires mitoyennes est une confirmation de l’incapacité des thèses sur le handicap socio-culturel à rendre compte des inégalités de réussite dans un quartier socialement homogène. Elle montre que les facteurs d’échec sont à chercher dans l’institution elle-même. Pourtant, elle n’avait pour but que de mettre à jour le rapport social qui transforme les différences sociales en inégalités culturelles.
L’enquête montre non seulement le caractère normatif de la vision dominante des familles ouvrières et immigrés et la dépréciation de leur mode de vie mais aussi que celles-ci, à travers la fuite et la mobilisation sur place, ont des capacités d’initiative, des ressources intrinsèques qu’augmente une intégration locale.
Le cercle vicieux mis en place par la mauvaise image de l’école et du quartier et les stratégies de fuite qu’elle entraîne freine les efforts pour transformer les Grésillons en zone potentielle de « reconquête » urbaine par des classes sociales plus élevées.
L’enquête ne portait pas sur les contenus d’enseignement. Il y apparaît une prédominance des savoirs généraux sur la culture des métiers. Cet ordre des savoirs implique une légitimation de la hiérarchie sociale où les ouvriers arrivent en bas de l’échelle. L’intériorisation par les enseignants et les familles de cette dévalorisation entraîne une absence de remise en cause de la norme scolaire.
La revalorisation de l’enseignant et de l’enseignement dans les quartiers populaires ne relève pas d’une affaire de modalités de carrière mais d’un projet de société. Cependant, à Gennevilliers, ce sont toujours des enseignants qui s’occupent des luttes scolaires aux niveaux associatifs et politiques. Ils se font les porte-parole des couches populaires et tendent, en parlant en leur nom, à parler à leur place. On s’aperçoit que les organisations ouvrières ont développé leur point de vue sur les questions de formation mais surtout pour l’enseignement professionnel. Les syndicats ouvriers agissent surtout sur leur lieu de travail. Or, à Gennevilliers, les ouvriers n’habitent pas près de leur lieu de production. Cette rupture est une des dimensions d’affaiblissement de la sociabilité ouvrière. A cela, s’ajoute la division des rôles dans la famille. L’école apparaît comme une affaire de femmes. Si la mère ne travaille pas ou ne bénéficie pas de l’expérience syndicale de son mari, le ménage fera confiance à l’institution. La traduction locale des engagements syndicaux et des positions idéologiques se fait donc essentiellement à travers le militantisme politique et les choix électoraux. Quand ce militantisme est de type globalisant et la participation électorale une sorte de délégation de pouvoir, la possibilité d’une intervention plus directe reste soumise au fait que la mobilisation des familles dépend du sentiment d’efficacité des actions collectives.
L’étude montre donc une certaine disposition des forces sociales à l’œuvre dans un quartier populaire et multiethnique. Il serait nécessaire d’approfondir les recherches pour comprendre les enjeux et les obstacles d’un combat local contre l’échec scolaire.