Selon les sociologues l’école joue un rôle actif dans la production de l’échec, mais selon les enseignants ce sont les familles qui sont responsables de l’échec. Il convient donc de montrer que l’école aussi produit de l’échec, en étudiant les différences de retard scolaire entre deux écoles, nommées école A et école B.
Comment mesurer l’échec ?
L’échec ne peut pas être mesuré par des indicateurs externes car à performance cognitive égale, certains élèves sont en échec et d’autres non. Les critères internes constituent de meilleurs indicateurs car ils sont constitutifs de l’échec.
Parmi tous les indicateurs internes existant, le retard scolaire est :
Les enfants réussissent mieux dans l’école A que dans l’école B :
Sachant que les enfants sont par ailleurs socialement identiques (domicile, nationalité, sexe, profession du père), la responsabilité de l’échec est à rechercher dans l’école.
Les élèves ne sont pas égaux devant l’école
Pour étudier plus finement la façon dont l’école produit des différences, on peut se demander si l’ensemble des élèves bénéficie d’un taux de réussite identique selon leurs caractéristiques, ou au contraire s’il existe des différences selon le type d’enfant.
Le tableau suivant, qui rend compte de l’effet de l’école suivant le genre et l’origine de l’élève, permet de répondre à cette question : le signe + symbolise un effet positif de l’école (meilleure réussite), le signe - symbolise un effet négatif, et le signe = symbolise l’absence d’effet.
| Ecole A | Ecole B | |
| Sexe : Fille | + | = |
| Sexe : Garçon | = | = |
| Origine : Français | = | = |
| Origine : Etranger | = | - |
Ces deux différences, combinées, suffisent à expliquer les différences globales de réussite entre les deux écoles. On peut en conclure que l’école aussi produit l’échec et la réussite.
Comment expliquer la variation du retard A / B ?
L’enquête révèle une forte rivalité entre les enseignants de l’école A et les enseignants de l’école B. Cette rivalité montre l’existence d’un faisceau de différences difficiles à discerner, parmi lesquelles :
50% des enseignants de l’école A considèrent qu’un retard dans la scolarité est un échec, contre 20% des enseignants de l’école B. Cette différence montre que les politiques d’établissement en matière de redoublement ne sont pas identiques.
De plus, l’organisation d’un voyage en Algérie et d’une semaine de la culture algérienne dans l’école A montre que les enseignants de l’école A sont mieux disposés à l’égard des immigrés. Cette disposition a probablement des traductions fines dans la politique de l’établissement.
Réussite scolaire et intégration sociale
L’enquête permet de connaître les caractéristiques de l’immeuble le plus « réussissant » :
On peut donc conclure que degré d’intégration et de cohérence d’un groupe joue également sur les résultats scolaires, et que ce déterminant peut parfois prendre le pas sur des déterminants plus évidents comme les conditions matérielles d’existence. Ces constats contredisent la théorie du handicap socio-culturel.
Conclusion
On constate qu’il n’existe pas de lien mécanique entre les conditions de vie et les résultats scolaires. Seule une étude de type microsociologique pouvait permettre d’établir un tel constat, car les grandes études statistique ne distinguent pas ces critère « fins » mais déterminants pour l’échec ou la réussite scolaire.
Finalement, l’école n’est pas seule en cause dans la production de l’échec.
Jusqu’à maintenant, seules des variables statiques ont été utilisées. Il convient à présent de mener une étude sur le lien entre la réussite et l’échec et les « histoires familiales », dans une perspective plus dynamique.
Méthodologie
Les auteurs ont choisi d’utiliser une méthode dite « des cas extrêmes », qui consiste à étudier la relation entre l’histoire familiale et la réussite pour des familles dont les enfants réussissent soit très bien soit très mal. En choisissant de mener des entretiens avec les familles des enfants dont la réussite ou l’échec sont attestés par les établissement du quartier, le corpus établi est le suivant :
De fausses évidences
Visiblement, il n’existe pas de lien simple entre le milieu familial et le destin scolaire.
Dans ces familles, les destins scolaires des enfants renvoient directement aux épisodes de l’histoire familiale.
L’accès à la réussite : intégration familiale et locale
On peut envisager quatre facteurs pour expliquer la réussite ou l’échec :
L’ancienneté de l’immigration n’est pas discriminante.
Les itinéraires scolaires renvoient donc à l’histoire du peuplement du quartier par les familles.
Les disparités de réussite en fonction du lieu de résidence sont importantes, comme nous l’avons déjà évoqué :
Les aînés ayant réussi transmettent leur expérience et leur aide aux cadets. Ils jouent parfois le rôle de médiateur avec l’école, en cas de difficultés rencontrées par les cadets, à la place des parents
Globalement, se dégage une volonté très forte de la part des familles de lutter contre :
La relation avec l’école est vécue comme une lutte pour la dignité, ce qui rappelle les luttes des ouvriers immigrés dans les entreprises ou les foyers de travailleurs.
L’échec : la marginalisation sociale
Finalement, l’échec peut s’expliquer par un manque de ressources mobilisables pour la réussite. Les causes des manques sont les suivantes :
Dans tous les cas, l’échec des aînés est déterminant, car il a tendance à produire :
L’échec scolaire touche donc avant tout les familles en situation de marginalisation sociale, quand l’environnement renforce les stigmatisations de classe ou d’ethnie.