L’histoire de Myriam retrace le passage de l’élève au professeur. En effet, l’histoire de Myriam est l’histoire d’une bonne élève devenue professeur de mathématiques. Le choix des mathématiques, pour Myriam, s’est effectué par le biais de l’identification à une personne « une femme, professeur agrégée, cette professeur de la classe de première et de terminale » (p.66). En outre les mathématiques représentent pour Myriam un sorte d’engagement, en référence à l’engagement politique de sa professeur de mathématiques.
Ce chapitre nous montre comment, d’un lieu protecteur, sorte de refuge contre l’histoire mouvementé du monde et de sa famille, Myriam a pu faire des mathématiques un lieu de la construction de son « je ». Ainsi se pose le problème du « bon chemin », étant donné que pour Myriam, les mathématiques sont pour elle un passage obligé à son cheminement.
Le « choix des mathématiques [est] comme une sorte de fuite par rapport à mon histoire » (p.67). En effet, Myriam refuse d’associer son histoire familiale et personnelle à l’enseignement d’où l’attrait des mathématiques en tant qu’enseignement « abstrait » sans référence à l’histoire. Il convient alors de comprendre les mécanismes à l’œuvre dans l’instauration d’un équilibre psychique et de l’utilité des mathématiques dans cette construction psychique. La discipline scolaire mathématique remplit une fonction indéniable dans l’équilibre psychique du sujet, et le rapport qu’entretient Myriam à l’égard des mathématiques nous permet de comprendre son histoire psychique.
Le concept d’identification projective a été élaboré et développé par M. KLEIN et W. BION. M. KLEIN a introduit ce concept dans le recueil Les controverses. Il décrit un ensemble dynamique de mécanisme-fantasme qui, avec le déni, le clivage et l’idéalisation, organise la base de la santé mentale. La construction psychique du Moi dépend de relations d’objet successives ; avec l’identification projective, ce n’est pas la pulsion seule qui est projetée dans l’objet mais des parties du self. L’identification projective permet d’expulser une partie de soi ressentie comme dangereuse ou menacée, à l’intérieur de soi. W. BION développera l’idée de l’identification projective comme mécanisme structurant autorisant la capacité de penser... Pour M. Klein, l’identification projective constitue une défense primitive qui fonctionne dès les premiers mois de la vie et fait partie du développement émotionnel du nourrisson. Pour elle, il s’agit d’un fantasme omnipotent à travers lequel le nourrisson se décharge de certaines parties indésirables (ou parfois désirables) de sa personnalité et de son monde interne en les projetant dans l’objet externe (rôle joué par la mère).