Examen clinique du cas d’Hélène, étudiante en sciences de l’éducation, à travers des entretiens sur son rapport aux mathématiques réalisés avec l’auteur.
Les attentes de la mère et la légende familiale :
Durant les premiers échanges avec Claudine Blanchard Laville, Hélène évoque son père absent, qu’elle n’a pas connu. Elle explique que sa mère a reporté sur elle les attributs significatifs de son mari : même physique et même « intelligence mathématicienne ». Hélène se sent donc « promise » , fiancée aux mathématiques sans l’avoir choisi.
Confrontée à un conflit psychique insoluble, Hélène « choisit » le blocage :
L’injonction de sa mère est vécue par Hélène comme paradoxale : ressemblant à son père, elle rappelle sa mère à la fois l’amour et la haine pour le mari disparu. Confrontée à ce conflit, Hélène refuse d’endosser les caractéristiques de son père, et donc d’échouer dans le domaine des mathématiques. Selon elle, elle comprenait cette discipline, mais le blocage survenait dans toutes les activités pouvant permettre à sa mère de connaître son potentiel réel : travail personnel ou interrogation écrite.
L’échec scolaire, symptôme d’un conflit psychique perturbateur :
Le cas d’Hélène permet d’illustrer le fait que l’échec scolaire focalisé sur une matière est souvent le symptôme d’un problème interne plus global et complexe. Ainsi Hélène, en refusant d’endosser les attributs du père, renonce du même coup à plaire à sa mère, et doit assumer seule son identité féminine. Choisir ce compromis est donc psychiquement inconfortable, mais Hélène pense que ce choix lui a permis de se forger une identité propre, singulière, contre le désir de sa mère.
Deux souvenirs d’enseignants... une mère persécutrice, un père idéalisé :
Hélène se souvient avec force de deux professeurs de mathématiques : le premier est une femme, décrite comme une caricature d’enseignante, rigide, sévère, sadique, qui poursuit Hélène dans ses rêves ; l’autre est un homme, doux, gentil, qui a failli permettre à Hélène de résoudre son blocage.
A travers ces deux souvenir d’enseignants, Hélène oppose l’image d’une mère persécutrice à l’image d’un père idéalisé, avec d’autant plus de force qu’elle ne l’a pas connu.
Une critique du « mystère des origines » des maths...
Hélène critique a plusieurs reprises l’enseignement des mathématiques, en regrettant son caractère dogmatique : les enseignants ne justifient pas les règles, les « postulats », qu’ils demandent aux élèves de connaître, et Hélène aurait souhaité apprendre l’histoire des mathématiques pour en comprendre les origines.
Durant les entretiens, Hélène place cote à cote : d’une part cette critique des maths, d’autre part l’expression de regrets à propos de sa famille (père inconnu, beau-père aux origines mystérieuses) et du manque d’informations dont elle dispose sur sa propre naissance : « j’ai l’impression qu’il y a une conspiration en maths comme il y a une conspiration si vous voulez dans ma famille par rapport à ma naissance cette espèce de truc là qu’on... ».
Hélène a donc déplacé la problématique de la recherche de ses origines sur le plan des mathématiques.
Le mystère de la naissance, cause d’inhibition :
La question de l’échec scolaire électif ou de l’inhibition localisée est liée au fonctionnement de l’appareil psychique. Selon J.C. Arfouilloux (enfants tristes, 1983), l’inhibition intellectuelle peut être liée à l’existence d’un mystère entretenu par les parents autour de la naissance du sujet. Les parents interdisent à l’enfant de « penser » autour du sujet précis de leur naissance », et cet interdit de propage à d’autres activités intellectuelles. Cette hypothèse permet d’éclairer le blocage d’Hélène.
L’échec scolaire, symptôme et message
En utilisant la grille d’analyse proposée par Freud à travers les trois points de vue psychanalytiques qu’il propose (points de vue topique, dynamique et économique), on peut penser que le blocage d’Hélène est le symptôme d’un conflit entre les différentes instances de son système psychique. Ce symptôme constitue par ailleurs un message adressé à ses proches.
Ne pas vouloir savoir
Quand Hélène reproche à ses enseignants de ne pas lui avoir donné d’informations sur l’origine des postulats ou sur l’histoire des mathématiques, on peut se demander si ce n’est pas plutôt elle qui refusait d’entendre... et il en était peut-être de même sur la question de sa naissance (sa mère voulait lui faire « ingurgiter » des savoirs mathématiques, elle a choisi de refuser ces savoirs. De même pour le savoir sur sa naissance ?). « L’inconscient est le lieu d’un savoir, mais d’un savoir que le sujet ignore et détient néanmoins » (D. Sylvestre et M.Sylvestre, Le transfert, 1987).