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Dernière mise à jour :
jeudi 3 novembre 2005






   
Sur le web
Observatoire des inégalités
La fondation de l’Observatoire des inégalités est liée à la conjonction de deux phénomènes : la montée des inégalités, qui ne pose pas uniquement un problème de justice sociale, mais aussi un problème politique ; l’insuffisance dans la collecte et la diffusion des données statistiques sur les inégalités.
La vie non rêvée dans les campings. La dépense de logement selon l'âge Qualité de vie et logement Les homosexuels victimes de discriminations dans leur famille Les "Journées des oubliés des vacances"
BIP 40
Assez de Dow Jones et de Cac 40 ! Pour que la question des inégalités et de la pauvreté prenne enfin la place qui lui revient dans le débat public, le Réseau d’alerte sur les inégalités a mis au point le Bip 40, un baromètre construit sur plus de 60 séries statistiques concernant les différents champs concernés par les inégalités et la pauvreté.
La dégradation de l'asile en France : problèmes de mesure Le taux de refus des demandes de statut de réfugié Niveau record pour les inégalités et la pauvreté Le niveau de vie des salariés : de la « modération » à la régression ? Quand on parle du pouvoir d'achat au 20 heures de France 2
Du XVIème au XIXème siècle : structuration / diversification
lundi 12 septembre 2005
par Sylvain Bellégo

Reflexions premières et distinctions fondatrices

Lors de la renaissance, les échanges commerciaux, culturels et érudits se développent, entraînant la publication de dictionnaires pluriligues comme le dictionarium de l’italien Ambrogio Calepino publié en 1502 dans toute l’Europe : cet ouvrage, qui prend rapidement le nom de son auteur (calepin), est progressivement étendu à de nombreuses langues, pour en atteindre 10 en 1588. Les mots y sont simplement mis en correspondance avec leur traduction latine. En 1539, alors que François Premier impose la langue française comme langue administrative, Robert Estienne publie le Dictionaire françoislatin, premier dictionnaire à s’appeler ainsi et à offrir une nomenclature en français. Plus qu’un dictionnaire bilingue, il s’agit d’un ouvrage « contenant les motz et manieres de parler françois tournez en latin », proposant des définitions sommaires et se fixant un but normatif vis à vis de l’orthographe. Lors des éditions suivantes, il s’enrichit de nombreuses définitions, d’exemples et d’indications grammaticales. Il compte 18 000 entrées dans sa version de 1573, sous l’égide de Jean Nicot qui le renomme en Thresor de la langue françoyse tant ancienne que moderne, dans un soucis d’exhaustivité. Les méthodes utilisées pour en constituer les articles domineront le XVIème et le XVIIème siècle.

On doit le premier dictionnaire français réellement monolingue à Pierre Richelet, sous l’appellation de Dictionnaire françois contenant les mots et les choses, publié en 1680. Dans sa préface, Richelet affirme la supériorité de la langue française, vis à vis des langues mortes et des langues européennes. Pour illustrer la langue française, il recourt aux citations d’auteurs illustres, d’une part pour assurer un large consensus dans les débats d’idées qui font rage à l’époque, d’autre part pour répondre à la nécessité de citer ses sources. Selon Richelet, ce premier dictionnaire monolingue est le fruit d’un travail collectif, des académiciens aux scientifiques chargés d’une partie spécialisée de corpus.

La publication de dictionnaires s’accélère à la fin du XVIIème siècle, et les débats s’animent. Exclu de l’Académie en 1685, Furetière rédige le Dictionnaire universel publié à titre posthume en 1690, une année avant la parution du Dictionnaire de l’Académie française. Avec 40 000 mots enregistrés, c’est l’ouvrage de ce type le plus important jamais rédigé, qui ouvre la série des dictionnaires de type encyclopédique : Furetière y fait figurer des mots de toutes époques, avec leur étymologie, offrant une vision fidèle des savoirs et des croyances de son époque. En 1692 et 1694 paraissent deux éditions du Dictionnaire de l’Académie française, la seconde version ayant été enrichie grâce aux critiques formulées à l’encontre de la première version. L’objectif de ce dictionnaire est essentiellement normatif, dans un contexte où la grammaire et l’orthographe de la langue française demandent à être fixés. Dans leur préface, les Académiciens donnent à leur ouvrage des visées didactiques, pour les français comme pour les étrangers soucieux de connaître le français, justifiant ainsi leur choix de construire eux-même leurs propres exemples. S’appuyant sur la « langue commune » telle qu’elle est en usage « telles qu’elle est dans le commerce ordinaire des honnestes gens », l’Académie élabore une réflexion proche de celle qui naîtra du structuralisme, dans les années 60, sur la description de la langue en synchronie. De l’esprit encyclopédique et de l’esprit critique (XVIIIeme siècle)

En 1701 est publiée une nouvelle version du Dictionnaire universel de Furetière, complétée par le calviniste Basnage de Bauval. Considérant ce dictionnaire comme marqué par le « venin de l’hérésie » les jésuites de la ville de Trévoux en publient une version adaptée, le Dictionnaire de Trévoux. D’autres versions paraissent durant le XVIIIeme siècle, de plus en plus marquées par la révision idéologique religieuse, mais plus complets que les dictionnaires du siècle précédent du point de vue des vocabulaires des sciences et des techniques, et suivant une démarche résolument synchronique.

En 1751 paraît le premier volume de l’Encyclopédie dirigée par Diderot et Dalembert, fruit de la collaboration d’une centaine d’écrivains prestigieux, entreprise monumentale ayant fait vivre pendant plus de vingt-cinq ans plus de mille travailleurs de l’impression. Illustrée de nombreuses planches, l’Encycopédie accorde une place importante aux sciences et aux techniques. Sa rédaction est l’occasion d’une réflexion lexicologie approfondie, et d’Alembert y propose une distinction entre les dictionnaires de mots, les dictionnaires de faits, et les dictionnaires de choses, qui marque la typologie actuelle des dictionnaires. Diderot, quant à lui, introduit la distinction entre une encyclopédie, présentant une liste de concepts, et les dictionnaires de langue, définissant une liste de mots.

La fin du XVIIIeme siècle est marqué par la révolution bourgeoise. Dans ce contexte, Jean-François Féraud publie le Diction(n)aire critique de la langue française qui, par sa méthode et la richesse de la documentation sur laquelle ce travail s’appuie, préfigure les travaux à venir.

La surenchère lexicographique (première moitiée du XIXeme siècle)

Entre 1760 et 1860, plus d’une centaine des dictionnaires publiés font directement mention de l’Académie dans leur intitulé, comme le Nouveau vocabulaire françois ou abrégé du Dictionnaire de l’Académie, de De Wailly (22 éditions entre 1801 et 1855). Le crise du marché de l’édition et le développement du système scolaires favorisent, au début du XIXème siècle, la parution de telles dictionnaires abrégés utilisant les travaux des académiciens. De nombreux dictionnaires en un seul volume sont alors publiés, tel le Dictionnaire Universel de la langue française de Pierre-Claude Boiste qui paraît en 1800 et propose, démarche novatrice, un dictionnaire de synonymes, d’homonymes, de rimes, etc. Les éditions successives de cet ouvrage sont marquées par la volonté d’accumuler un corpus le plus massif possible, en parallèles d’autres dictionnaires qu’on pourrait qualifier de « accumulateurs de mots ».

L’influence de la linguistique historique sur la lexicographie (1841-1900)

Charles Nodier, lexicographe, élabore une critique constructive des grands dictionnaires dans l’Examen critique des dictionnaires de langue française (1828). Ses remarques marquent un renouveau du genre dictionnairique, alors que sont publiés des dictionnaires s’appuyant sur des exemples littéraires.

Dans le cadre de cette réflexion, l’Académie publie la sixième édition de son dictionnaire en 1835 et se lance dans la conception du Dictionnaire historique de la langue française qui restera inachevé : seul les quatre premiers volumes en seront publiés pour la seule lettre A. Ce projet de grande envergure s’inscrit dans la dynamique novatrice de la linguistique historique et comparative. En 1842, l’Académie réaffirme la différence entre un dictionnaire d’usage, portant sur le lexique générale, et un dictionnaire spécialisé recueillant des termes techniques, et elle prône l’ouverture à toute expression « très nouvelle ou très ancienne » (ce qui justifie son refus de recourir aux citations en forgeant ses propres exemples).

Emerge alors une réflexion sur de nouveaux classements, à travers l’ouvrage de Pierre Lafaye sur la synonymie (Synonymes français, synonymes grammaticaux, 1841) et l’introduction du Dictionnaire des synonymes de la langue française rédigée en 1858. Lafaye inaugure une nouvelle démarche linguistique cherchant à définir « l’idée générale commune » qui rassemble des synonymes. Suivant ces réflexion, apparaît un nouveau type de dictionnaire spécialisé de la langue, le dictionnaire analogique.

En 1862 paraît le Dictionnaire analogique de la langue française, Répertoire complet des mots par les idées et des idées par les mots publié par Prudence Boissière chez Larousse. Ce nouveau type de classement part d’un concept, le « mot-centre », pour trouver tous les mots qui y correspondent, les « mots analogues ». Une telle organisation sémantique des termes du lexique, rompant avec la tradition des classements formels, dominera dans le mode de consultation des informations sur support électronique, deux siècles plus tard.

La période est non seulement marquée par le prestige de la lexicographie générale, mais aussi par l’esprit républicain, progressiste, qui marque les dictionnaires. Ainsi Emile Littré, familier des langues anciennes, rédige le Dictionnaire de la langue française entre 1863 et 1873, dans lequel il articule l’usage présent et l’usage passé de la langue en s’appuyant sur près de 250 000 citations. Il organise les mots des XVIème et XVIIème siècles suivant une vision darwinienne du langage, en fondant son classement sur un enchaînement logique et sémantique des différents sens à partir des emplois dominants dans la langue du XVIIème siècle. Son ouvrage est rapidement institué comme modèle, et impose de fait un certain immobilisme dans les démarches lexicographiques. Suivant une démarche similaire, Hatzfeld (logicien et professeur de rhétorique) et Darmester (philologue et sémanticien) publient les deux volumes du Dictionnaire générale de la langue française entre 1890 et 1900. Pour la première fois les différents sens des mots sont classés suivant une arborescence soignée, faisant apparaître les options prises par le lexicographe, suivant une numérotation clairement perceptible.

Le dernier grand dictionnaire de la période est le Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle de Pierre Larousse, pédagogue et militant républicain. Larousse y divise ses articles en deux parties, l’une consacrée à la description de la langue et la seconde à l’information encyclopédique. Il utilise les données de la linguistique comparée et recourt aux grands auteurs du XXème siècle. Dans sa préface, il affirme deux principes qui fondent la lexicographie du XXème siècle : d’une part, le corpus doit être large et l’information rigoureuse et riche ; d’autre part, un dictionnaire doit avoir comme objectif la diffusion large des savoirs, dans une perspective démocratique. Ce second principe conduit Larousse à publier en 1856 le Nouveau Dictionnaire de la langue française en un seul volume. Par ailleurs, Larousse donne la primauté à la synchronie stricte.


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