Dans ce chapitre, Claudine Blanchard Laville nous apporte des éléments biographiques et une analyse de son histoire personnelle, pour nous permettre :
Etudier les maths : un défi
Durant la petite classe, alors que Claudine a sept ans, sa maîtresse est... sa mère ! Elle se souvient des pressions exercés par cette personne, femme, institutrice, et mère, à propos des mathématiques : le destin d’une fille, naturellement moins bonne que les garçons dans cette discipline, serait d’échouer dans cette discipline.
Après coup, Claudine Blanchard Laville analyse cela comme un défi qu’elle a choisi de relever pour se construire une identité, indépendamment de la volonté de sa mère.
Par ailleurs, elle a toujours été excellente durant sa scolarité : félicitations, etc.
Deux figures de l’enseignant
Deux enseignants ont marqué la carrière d’élève de Claudine Blanchard Laville. La première figure est celle d’une femme aux allures de garçon, Mlle M., dont les encouragements la poussent à suivre des études en mathématiques.
Claudine Blanchard Laville quitte alors l’école des filles pour s’inscrire en mathématiques dans l’école des garçons, où elle s’affronte à un professeur tyrannique, angoissant, méprisant, qui n’a eu de cesse de tester les deux filles présentes dans son cours.
A partir de ce moment, Claudine cesse de comprendre les maths, elle demeure excellente élève, mais elle s’efface et ne donne pas de sens à son travail.
Anesthésie
A l’université, Claudine Blanchard Laville continue à exceller en mathématiques, mais uniquement pour donner le change : à posteriori, elle ne comprend pas comment elle a pu réussir en étant aussi peu impliquée psychiquement dans son travail. La bonne élève en mathématiques, ce n’était pas « elle », mais une autre :
« J’étais devenue insensiblement coupée de mes racines vives, munie seulement d’une langue étrangère, je jouais à parler sans comprendre le sens des paroles ainsi prononcées : il n’y avait plus d’origine, plus d’avenir non plus, rien qu’un état somnambulique de survivance. »
Vu de l’extérieur, Claudine Blanchard Laville a été une très bonne élève en mathématiques (au regard de ses notes, appréciations, etc.). Mais de l’intérieur, c’est autre chose.
Il s’agit d’un cas d’élève suradapté au système scolaire, une « fausse bonne élève », dont l’objectif est avant tout de se conformer aux attentes de ses professeurs.
Claudine déclare, à propos de l’année où elle a connue le professeur tyrannique : « j’ai commencé à me séparer de moi-même sans savoir que je donnais le change aux autres comme à moi-même ».