Nous avons montré, en dépit des limites de notre enquête, qu’il existe d’importantes corrélations entre les pratiques de lecture des lycéens et leurs modes d’utilisation et de représentation du CDI. Pour valider nos conclusions, il faudrait d’une part recueillir un nombre plus important de données, d’autre part étendre la recherche à d’autres établissements.
L’intérêt principal de ce travail ne réside pas seulement dans les enseignements que nous pouvons en tirer sur la façon dont le CDI remplie ses nombreuses fonctions. Il peut également permettre de s’interroger sur les méthodes à employer pour favoriser le transfert d’un type de lecture à l’autre, et pour encourager les élèves peu enclins à lire. Etant à la fois un lieu de socialisation et un lieu de lecture, le CDI peut permettre aux lecteurs et aux non-lecteurs d’y mener des activités conjointes, chacun pouvant influencer l’autre. Contrairement au bibliothèques, entièrement dédiées au document, le centre de documentation implanté dans un établissement scolaire doit surmonter les problèmes liés à la multiplicité de ses fonctions. Il peut favoriser la découverte de la lecture par les non-lecteurs, et encourager les grands lecteurs à pratiquer la lecture comme une activité sociale, s’il parvient à concilier les logiques différentes qui président à son utilisation. Les documents, quels qu’ils soient, peuvent être porteurs d’une culture qu’il convient d’acquérir. Les disciplines et les professions liées à la documentation ne sont pas entièrement tournées vers le traitement des documents : elles peuvent également s’attacher à favoriser l’accès aux supports écrits, indépendamment des inégalités sociales. Or, la démocratisation de l’accès aux document est un enjeu fondamental, alors même que les lieux dédiés à la documentation comme les bibliothèques excluent, volontairement ou non, les membres de classes populaires. Sachant que l’école est le lieu de la reproduction des inégalités sociales, le CDI peut jouer un rôle central dans la diminution de ces inégalités, pourvu qu’elles concernent l’accès au document.
Les pistes de recherche ouvertes par notre analyse devraient donc s’attacher à décrire les moyens que pourraient utiliser les acteurs de l’institution scolaire pour atténuer la reproduction des inégalités sociales à l’école, grâce aux spécificités du CDI. On peut déjà avancer l’hypothèse selon laquelle le rôle secondaire dévolu aux documentalistes dans les établissements scolaires constitue un frein considérable à cette tâche essentielle. Si cela s’avérait exacte, leur statut mériterait d’être mieux défini, pour leur permettre d’élaborer des dispositifs pédagogiques et documentaires susceptibles de résorber les inégalités d’accès aux documents qui se cristallisent lors de la fin de la scolarité des jeunes.