Avant de lire L’école avec F. Dolto, mes connaissances sur les écoles nouvelles étaient très réduites : je connaissais leur existence mais pas leur pédagogie. Le fonctionnement de la Neuville m’a beaucoup surpris. Ce livre m’a donné envie de me renseigner. Au cours de ma lecture et de mes recherches, je me suis interrogée et étonnée sur différents sujets : la pédagogie de Françoise Dolto, les différences avec celle de Célestin Freinet mais aussi les ressemblances et les différences entre la Neuville et l’école publique d’hier et d’aujourd’hui.
Lorsque j’ai commencé ce livre, le projet de Fabienne d’Ortoli, Michel Amram et Pascal Lemaître me paraissait utopique. Je n’imaginais pas qu’un établissement basé sur l’autodiscipline des élèves puisse fonctionner. Au fil des pages, j’ai mieux compris les principes et constaté la réussite de cette école. J’ai tout de même été extrêmement étonnée, en consultant Internet, de découvrir que la Neuville était toujours ouverte.
Cependant, je ne pense pas que ce type d’établissement puisse être généralisé. Les fondateurs affirment que l’école peut convenir à tous les enfants mais ils reconnaissent eux-mêmes qu’il faut veiller à ne pas prendre trop d’enfants « à problèmes » par rapport aux autres pour garder un équilibre et ne pas perturber le fonctionnement de l’établissement.
Dorénavant, une question subsiste : comment les enfants ayant passé leur début de scolarité à la Neuville vivent-ils le retour dans un établissement scolaire public classique ? En pleine adolescence, le passage d’une ambiance communautaire, égalitaire et libertaire au système rigide, hiérarchisé et autoritaire ne risque-t-il pas de provoquer un traumatisme chez l’enfant ? Alors qu’on lui a appris à s’exprimer et à agir librement, il entre dans un système où il doit réapprendre le métier d’élèves. L’enfant qui était habitué à se déplacer et à parler librement pendant la classe arrive-t-il à respecter calme et silencieux ? L’adolescent qui partage son temps entre les cours le matin et les loisirs l’après-midi supporte-t-il le rythme scolaire imposé par l’institution ?
L’enseignement de la Neuville me semble très bénéfique mais je m’interroge sur les conditions et les conséquences de la réintégration des enfants dans un système scolaire classique à la période difficile de l’adolescence.
Françoise Dolto n’est ni enseignante, ni pédagogue pourtant sa recherche a une grande influence dans le domaine de l’enfance. Psychanalyste, elle considère que les acquis de sa discipline peuvent être investis dans le monde de l’éducation. Sa pratique est fondée sur la communication. Elle préconise la mise en confiance de l’enfant, le développement de tout ce qui peut favoriser l’expérience, l’autonomie, la créativité, l’éveil au sens critique, dans le respect de la personne de l’enfant.
Devant cette description, son intérêt pour la Neuville est très compréhensible. Avant la concrétisation de l’école, le projet semblait déjà respecter et aller dans le même sens que les idées pédagogiques qu’elle préconise.
Célestin Freinet était enseignant puis fondateur d’une école nouvelle. L’idée d’expérience tâtonnée commande sa psychopédagogie. Les traits essentiels de son école sont le rôle du tâtonnement expérimental qui découle de la prise en compte de l’enfant dans son intégralité et son enracinement dans le milieu naturel et social : ateliers de travail intégrés au milieu, école à la fois communautaire et spécialisée, proche de la nature et aménagée pour accueillir les différentes activités. Les plans de travail sont élaborés par l’enfant avec le maître et le contrôle s’effectue par comparaison de la prévision et du travail effectué. L’école moderne de Freinet promeut la spontanéité et l’autonomie de l’enfant par l’emploi de méthodes actives.
Je trouve que la pédagogie mise en œuvre à la Neuville ressemble beaucoup aux méthodes Freinet. Dans un cas, la motivation de l’activité scolaire est le désir et, dans l’autre, le travail. Cependant, les moyens me semblent très proches : ateliers, liberté de l’enfant d’expérimenter, choix du travail et du rythme scolaire... devant le nombre de similitudes, je m’étonne que le nom de Célestin Freinet ne soit citée qu’une seule fois dans l’ouvrage.
Un point m’a particulièrement frappé lors de la lecture de ce livre : l’organisation de l’école me rappelait un type d’établissement étudié en histoire de l’éducation. Selon l’enseignement mutuel, les élèves sont classés en fonction de leurs compétences et s’occupent de différentes fonctions à responsabilité selon leur niveau. Les enfants s’occupent eux-mêmes de faire régner le calme parmi les élèves dont ils ont la charge et un jury d’enfants décide les sanctions à attribuer. Le maître est présent mais n’intervient pas. Pour l’apprentissage, les élèves sont répartis en groupe de « niveaux - matières » en fonction du rythme d’acquisition de chacun dans les différentes disciplines.
L’organisation de la Neuville m’a rappelé le système de l’enseignement mutuel. Bien sûr, dans ces écoles du XIXème siècle, aucune place n’était laissée à la liberté ou aux choix de l’enfant et leur répartition était très hiérarchisée dans ce système éducatif basé sur le mérite. Pourtant, il me semblerait intéressant de savoir si les fondateurs de la Neuville connaissaient ce mode d’enseignement.
A la Neuville, l’équipe pédagogique est très soudée. Aucun adulte ne prend de décisions sans les autres. Ils partagent, se questionnent sur leurs expériences et leurs pratiques pédagogiques. Ils collaborent sur de nombreux projets. Même si les classes sont autonomes, l’équipe pédagogique semble très soudée. Cette organisation du corps enseignant m’a beaucoup surprise. Bien sûr, elle suit logiquement les principes de l’école. Cependant, face au comportement actuel des enseignants dans les établissements publics, elle est étonnante.
La sociologie de l’éducation qui s’est intéressée aux enseignants nous montre, au contraire, leur individualisme. Face à l’extérieur, le corps professoral apparaît comme très solidaire mais, à l’intérieur, ils sont généralement très solitaires. Ils évitent de partager leur expérience et de demander des conseils de peur d’entendre des critiques sur leurs pratiques pédagogiques. Alors que le gouvernement tente de mettre en place des projets transversaux entre les matières, la plupart des enseignants évite de collaborer avec leurs collègues.
L’opposition des comportements des adultes à la Neuville et des enseignants dans les établissements publics est très surprenante. Bien sûr, les conditions de travail ne sont pas les mêmes. Cependant, on peut se demander si l’entente et la collaboration n’humaniseraient pas les professeurs aux yeux des élèves facilitant ainsi les interactions et les relations.
Finalement, ce livre m’a beaucoup appris. Grâce à la surprise provoquée par la pédagogie de la Neuville, j’ai cherché à comprendre d’où pouvait venir leurs différentes méthodes. Ainsi, j’ai approfondi mes connaissances concernant Françoise Dolto, découvert les méthodes de Célestin Freinet. Cette lecture m’a amené à comparer la Neuville avec les écoles d’hier et d’aujourd’hui. J’ai ainsi pu créer un parallèle avec l’enseignement mutuel et mettre en avant les différences de comportements des enseignants. Cet ouvrage et les recherches m’ont amené à me poser plus de questions sur les dysfonctionnements de l’école publique et à m’intéresser davantage aux écoles nouvelles.