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Dernière mise à jour :
jeudi 3 novembre 2005






   
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Commentaire personnel de l’ouvrage
dimanche 24 juillet 2005
par Sylvain Bellégo

Remarques sur l’ensemble de l’ouvrage

Claudine Blanchard Laville a choisi de nous livrer des éléments auto-biographiques pour nous faire entrer dans son ouvrage. Cette démarche est surprenante dans le cadre d’un compte-rendu de recherches en psychologie clinique, mais intéressante. L’auteur nous permet, en « se livrant » dans les deux sens du terme, de comprendre la démarche qui sous-tend chacune de ses parties (« petite histoire » suivie d’une analyse), de sentir qu’elle accorde une grande confiance au lecteur, et de mieux connaître les raisons qui l’ont poussée à entreprendre des recherches en sciences de l’éducation.

Le style de Claudine Blanchard Laville est très agréable, limpide. Elle semble déployer de grands efforts de clarté pour expliquer des concepts complexes, et ses propos sont nuancés. Le lecteur se sent pris en considération par l’auteur, comme si Claudine Blanchard Laville, par son écriture, parvenait à instaurer un climat de complicité entre les trois types d’« acteurs » de son ouvrage : elle-même, le lecteur, et les personnes dont elle nous relate l’histoire. On peut se demander dans quelle mesure les théories qu’elle nous propose pour comprendre le lien didactique dans la classe peuvent s’appliquer au lien didactique qu’elle instaure par son ouvrage. En effet, tout est là pour dire qu’elle modèle l’espace psychique instauré par la relation entre les trois acteurs « complices ». Le « discours » de l’auteur s’articule ainsi autour de deux types de discours : le discours embrayé, par lequel elle explique de quelle manière elle nous livre les résultats de sa recherche, et le discours non embrayé, portant sur le contenu même des savoirs qu’elle nous enseigne. Au même titre que l’enseignant « rajoute du sujet » en transmettant sa propre réalité de sujet en parallèle de la transmission des savoirs, Claudine Blanchard Laville apporte de nombreux éléments sur elle même en tant que sujet dans l’ouvrage. Le résultat, c’est un l’instauration d’un climat psychique qui « captive » le lecteur, alors que d’autres ouvrages ont plutôt tendance à le faire fuir. Cela est d’autant plus important que la nature des thèses et des exemple abordés dans ce livre risque de se heurter à de fortes résistances psychiques.

Remarque sur les associations d’idées, chapitres 6 et 10

Lors de l’exposé, pendant le cours, une étudiante a fait une remarque sur laquelle je souhaite revenir : lorsque Claudine Blanchard Laville aborde les problèmes de Jean-Christphe à propos d’une séance sur la notion de proximité et de distance entre deux points (se reporter à la page 117, Médiateur et médiatrice). Selon l’étudiante, les éléments apportés par l’auteur pour nous aider à comprendre les difficultés de Jean-Christophe sont trop « tirés par les cheveux ». Effectivement, les liens existants entre la situation mathématique (« deux points séparés [...], deux demi-plans et un élément séparateur »)et le climat troublé dans la classe (« deux élèves-filles, chacune à un bout de la classe [...], ont refusé de travailler ») ne semblent pas directement reliés aux idées soumises par l’auteur (par exemple : « les deux pays [...], la frontière, la mer qui les sépare, les deux places »).

Je pense que l’intérêt de ce chapitre n’est pas tant le contenu des idées évoquées par l’auteur (pour montrer que « l’affaire est chargée ») que la démarche, la méthode utilisée. Plus loin, dans le chapitre 10 (et de façon diffuse dans l’ensemble de l’ouvrage), Claudine Blanchard Laville nous propose quelques éléments méthodologiques sur la méthode d’analyse pratiquée par les chercheurs pour mettre à jour les processus psychiques à l’oeuvre dans la classe. Pour étudier le psychisme humain, le chercheur doit passer par son propre psychisme et donc faire appel à sa capacité de rêverie, à une forme d’attention inconsciente. C’est exactement se que semble faire Claudine Blanchard Laville à propos de la séance décrite par Jean-Christophe, et elle nous livre le matériau brut résultant de sa rêverie, avant que ce matériau ne passe par le filtre du recul et de la critique raisonné. C’est pour cette raison que les idées avancées semblent « tirées par les cheveux ».

Il me semble que cette démarche d’associations d’idées peut donner des résultats intéressants, indépendamment des analyses élaborées par l’auteur. Ainsi, lorsque l’on cherche soi-même à comprendre certains de nos mouvements psychiques, certains « sentiments » (tristesse, joie, colère, etc.), il est utile de se concentrer sur ces sentiments et de laisser venir librement les idées associées. Parfois, il est possible de remonter à la source de ces sentiments, ou du moins de situer ces sentiments isolés et non maîtrisés dans leur environnement psychique sous-jacent. Dans ce cas, notre propre psychisme se laisse appréhendé sans l’intermédiaire d’un autre psychisme, mais la démarche me semble assez similaire avec celle proposée par l’auteur.

Remarques sur les « petites histoires »

Le style de Claudine Blanchard Laville et l’atmosphère qu’elle parvient à instaurer permet au lecteur d’être très réceptif aux histoires qu’elle nous décrit. Jean-Christophe, Martine, Hélène, Jean, et tous les autres, sont bien réels, et j’ai éprouvé à leur encontre des mouvements variés : amitié, compassion, compréhension, envers celles et ceux qui me rappellent les meilleurs épisodes de ma propre histoire ou qui évoquent l’image idéalisé que j’ai de moi-même ; rejet, agacement, critique, envers celles et ceux qui m’évoquent des épisodes douloureux ou qui entrent en résonance avec des aspects douloureux de ma personnalité. Ce phénomène est remarquable, car il ne s’agit que de fragments de vie très courts, mais Claudine Blanchard Laville parvient, en choisissant un « panel » de personnes dissemblables, à éveiller chez le lecteur des sentiments multiples.


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