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jeudi 3 novembre 2005






   
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BIP 40
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Commentaire personnel de l’ouvrage
samedi 23 juillet 2005
par Sylvain Bellégo

Liens avec le texte « sur la psychologie du lycéen » (Freud)

Dans le texte « sur la psychologie du lycéen » (1914), Freud utilise sa théorie sur le complexe d’oedipe pour rendre compte de la relation entre l’élève et le maître dans une classe. L’évocation du témoignage d’Umberto Saba par Gérard Mendel rappelle l’analyse de Freud, et des parallèles peuvent être dressés entre les deux propositions.

Freud explique que l’élève a tendance à transférer vers la personne du maître les attentes et le respect qu’il éprouvait pour son père. Cette tendance s’inscrit dans le cadre de la relation oedipienne avec le père. Pour le petit garçon, le père est à la fois « la plus forte, la meilleure et la plus sage de toutes les créatures » et le « perturbateur surpuissant de la vie pulsionnelle du garçon ». Par la suite, lorsqu’il découvre le monde réel, l’enfant se détache consciemment d’avec le père en le critiquant, en le « classant socialement », etc. Mais l’image du père issue de la petite enfance est toujours présente dans le système psychique de l’enfant. Lorsqu’il découvre les enseignants, le processus de détachement d’avec le père est en cours, et le maître devient un « substitut paternel », l’équivalent du père de la petite enfance à l’égard duquel l’enfant éprouve des sentiments ambivalents.

A partir de l’exemple d’Umberto Saba, Gérard Mendel prolonge l’analyse de Freud, en y introduisant la notion d’autorité. Selon lui, la projection sur le maître des attentes éprouvées à l’égard du père œdipien permet à l’autorité de s’appliquer. En effet, deux sentiments suivant sont nécessaires à l’acceptation de la soumission envers le maître : l’élève doit lui vouer un équivalent de l’amour éprouvé dans la petite enfance à l’égard du père ; l’élève doit craindre le retrait de l’amour du maître (c’est là l’équivalent de la menace du recours à la force). Ces deux sentiments n’étant éprouvés que si le transfert a lieu, le phénomène décrit par Freud explique comment la relation d’autorité peut s’établir.

La Psychanalyse et le fait social : discussion autour de l’anthropologie générale

-  Le système psychique est en partie déterminé par le social

L’apport proposé par Gérard Mendel à la psychanalyse de Freud, c’est la prise en compte du travail réalisé par le social sur le système psychique. Considérant que Freud a proposé une modélisation du système psychique en fonction des analyses réalisées sur des hommes et des femmes du début du XXième siècle, il est légitime (et nécessaire) de se demander quelles sont les constantes dans le psychisme analysé par le fondateur de la psychanalyse, et quels sont les éléments dépendants de l’environnement. Gérard Mendel considère que l’homme dispose d’un nombre limité de ressources anthropologiques potentielles, et que les conditions sociales déterminent comment le psychisme individuel se constitue : dans des conditions données, le social mobilise un certain type de ressources, et les développe. Dans ce livre sur l’autorité, il propose de distinguer les ressources développées par l’individu lors de la période archaïque et les ressources liées à la période oedipienne.

Cette proposition est à la base de la nouvelle discipline formalisée par Gérard Mendel : l’anthropologie générale (cf. « Introduction : l’autorité en crise ou la démocratie en panne ? »). Selon lui, cette démarche est utilisée par un nombre croissant de chercheurs, sans que ceux-ci n’en revendiquent l’appellation.

-  Application de l’anthropologie générale à l’autorité : un outil puissant

Dans la seconde partie de son livre, Gérard Mendel propose d’étudier l’autorité sous un angle historique, selon la démarche proposée par l’anthropologie générale. Il distingue plusieurs périodes : chacune travaille différemment les ressources anthropologiques de l’espèce, donnant lieu à un système psychique différent et donc à un certain type d’autorité.

Ce travail constitue une application originale des apports de la psychanalyse. La grille d’analyse proposée par Mendel permet d’étudier des phénomènes psychologique, sociaux, historiques, etc. En utilisant conjointement le théories psychanalytiques et les théories sur les phénomènes de groupe développées durant les dernières décennies, il parvient à associer les phénomènes psychiques individuels à l’état d’une société, chaque niveau d’analyse alimentant l’autre.

-  Une méthode risquée et des conclusions discutables

Gérard Mendel le souligne à plusieurs reprises : « vouloir progresser au-delà de la simple intuition, certes méritoire mais insuffisante, oblige à prendre des risques » (p. 13). Il reconnaît que l’anthropologie générale est une discipline trop récente pour être totalement fiable. C’est en effet le propre de toute science nouvelle que de progresser par tâtonnements, par erreurs, et d’être l’objet de critiques. Ainsi, Mendel raconte deux expériences difficiles. Au cours d’un colloque où il a énoncé, avec beaucoup de précautions, sa théorie sur la prédisposition culturelle du peuple allemand à accepter une autorité archaïque, le scientifique allemand devant s’exprimer à la tribune après lui a quitté la salle. Dans un autre contexte, lors d’une intervention auprès de jeunes stagiaires en IUFM, il n’est pas parvenu à se faire comprendre par les futurs enseignants, qui comptaient trouver des recettes immédiatement applicables pour résoudre les problèmes d’autorité auxquels ils étaient confrontés dans la classe.

Il est légitime de soumettre les propositions de Mendel à l’examen critique. Ainsi, lorsqu’il évoque les deux figures de l’autorité que sont De Gaulle et Hitler, il explique les différences entre les deux situations nationales par des prédispositions culturelles. Malgré certaines précautions dans la rédaction, les conclusions de Mendel semblent exclure d’autres types d’explication. Considérons le cas de l’Allemagne. Lorsque Hitler fut nommé chancelier par Hindenburg, l’électorat allemand penchait à gauche : les élections avaient permis à l’ensemble de la gauche de recueillir plus de voies que la droite et les fascistes, ces derniers étant restés minoritaires à chaque élection. Le peuple allemand n’a pas choisi Hitler. Le leader nazi a obtenu le pouvoir, non pas parce que son idéologie recueillait l’assentiment d’une majorité d’allemands, mais parce que les élites dirigeantes du pays (et notamment les patrons de l’industrie lourde), ont considéré que le fascisme était la seule solution pour défendre leurs intérêts, face à la montée des revendications révolutionnaires du prolétariat allemand. Durant les années trente, l’Allemagne aurait pu se tourner vers le socialisme, et non vers le fascisme (les deux processus, quel qu’en soit le résultat, sont radicalement différents).

Cela étant dit, il est indéniable que le régime nazi s’appuie sur des ressources anthropologiques archaïques. On peut toutefois poser la question suivante : est-ce que dans des circonstances similaires (humiliation du traité de Versailles, chômage de masse, crise économique, etc.) les français n’auraient pas été également disposés à reconnaître une autorité archaïque, indépendamment de leur culture ?

D’autres propositions de Mendel mériteraient d’être discutés. Si l’anthropologie générale devient, comme il le pense, la discipline centrale du XXIème siècle (au même titre que l’histoire au XIXème et le courant structuraliste au XXème ?), les débats autour de ses propositions ne manqueront pas de se développer.


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Dans la rubrique :
  1. Résumé de l’ouvrage
    22 juillet 2005

  2. Commentaire personnel de l’ouvrage
    23 juillet 2005