Nous avons montré, contrairement aux fausses évidences véhiculées par les discours alarmistes sur la crise de la lecture, que les collégiens interrogés aiment lire, et qu’une minorité importante d’entre eux consacre beaucoup de son temps à la lecture. La principale motivation qui pousse les élèves à lire est le plaisir qu’ils en tirent (ils sont une majorité à lire pour leur plaisir). La plupart des élèves sont inscrits dans une bibliothèque municipale, et ils y empruntent de nombreux documents. Mais en dépit de ce constat, les lectures des lycéens semblent peu diversifiées, et leurs sources d’approvisionnement sont peu nombreuses. Le CDI est utilisé autant comme un lieu de socialisation que comme une salle de lecture : de nombreux élèves s’y rendent accompagnés par leur pairs, et la première motivation qui les pousse à visiter le CDI est la recherche d’un lieu où ils peuvent pratiquer la lecture.
Compte-tenu des nombreuses fonctions qu’il doit remplir, le CDI est l’objet de représentations contradictoires et conflictuelles. Car si la majorité des élèves le considère comme un lieu tourné vers la lecture, certains mettent l’accent sur son calme, d’autres sur sa chaleur : la représentation du CDI comme lieu consacré à la lecture solitaire entre en conflit avec la représentation du CDI comme lieu de socialisation, où il serait possible de discuter et de s’amuser.
Notre enquête nous a également permi d’observer l’influence du goût des élèves pour la lecture sur le rapport qu’ils entretiennent avec le CDI. Ainsi, ceux qui aiment le moins lire sont souvent en rupture avec le centre de documentation, et ils préfèrent fréquenter d’autres lieux pendant leur temps libre. Quand ils s’y rendent, c’est toujours en groupe, et avant tout pour discuter. Ils considèrent le CDI comme un lieu agréable ou comme une salle de permanence, mais en aucun cas comme un lieu dédié à la lecture. Ceux qui apprécient la lecture se rendent plus volontiers au CDI, parfois seuls, essentiellement pour lire. En revanche, le volume des emprunts et la satisfaction devant le fond documentaire du CDI dépendent peu du goût des élèves pour la lecture.
Les motivations des élèves pour la pratique de la lecture déterminent également les modes d’utilisation et de représentation du CDI. Notre enquête montre en effet que les collégiens lisant par obligation fréquentent peu le centre de documentation, bien qu’ils déclarent aimer s’y rendre, et sont moins satisfaits du fond documentaire. Seuls les jeunes lisant par plaisir ou pour s’informer s’y rendent fréquemment, pour des raisons différentes : sans surprise, les premiers visitent le CDI pour lire, les autres pour s’informer.