L’enquête de S. Laacher et A. lenfant porte sur les candidats et les admis au baccaluréat en 1988 pour les populations françaises et étrangères en Ile-de-France selon la profession et la catégorie sociale (PCS) des parents, la série, le sexe et le statut d’étrangers. L’accent sera mis sur la comparaison entre les statuts nationaux, sur les taux d’admission des bacheliers étrangers et leur répartition. L’étude porte sur les élèves étrangers fréquentant l’enseignement public en dehors des séries E et M. La population étudiée se compose de 50 617 candidats et de 37 969 admis.
Alors que chez les bacheliers français, les couches aisées sont dominantes, chez les étrangers, ce sont dans les classes modestes que se recrutent majoritairement les candidats au baccalauréat. Le nombre d’élèves étrangers accédant au second cycle long est en augmentation constante. Cependant, les probabilités d’accès au baccalauréat restent deux fois plus importantes pour les élèves français que pour les élèves étrangers. Quelque soit le statut national, les filles accèdent en plus grand nombre que les garçons au baccalauréat. Cependant, l’importance de la variable sexe est plus grande pour les élèves étrangers. Le degré d’investissement scolaire des filles résulte à la fois d’une certaine homogénéité entre univers scolaire et univers domestique et, par rapport aux garçons, d’une plus faible probabilité à accéder à d’autres espaces sociaux et à d’autres formes d’interconnaissance. La structure par série est différente selon l’appartenance nationale. Cette absence d’homogénéité sociologique et statistique interdit d’affirmer l’existence d’une égalité des performances à « mêmes conditions sociales ». L’origine sociale est un indicateur au sens où un indicateur ne peut livrer que des informations sur l’état des dotations en ressources matérielles et symboliques détenues par la famille. Mais l’origine sociale et la profession du père ne peuvent être à elles seules des principes explicatifs. On voit bien que ce que l’on nomme « mêmes conditions sociales » s’apparente plus à un acte « nominaliste » qu’à une prise en compte de la réalité sociale, c’est-à-dire d’une recherche des indicateurs significatifs de la position des membres de deux lignées d’origine. Si le statut national reste le premier facteur discriminant, c’est qu’il subsume l’ensemble des traits qui sont constitutifs d’une position sociale et culturelle. Il ne signifie pas tant une coordonnée juridique qu’un ensemble d’attributs inséparablement juridiques, économiques, religieux, historiques, culturels... L’inégalité devant la réussite traduit en fait une inégale familiarité avec l’institution scolaire. La première ligne de partage entre bacheliers français et bacheliers étrangers réside dans leur distribution inégale entre les différents systèmes d’enseignement général et technique. Les étrangers sont d’abord, mais non majoritairement, des bacheliers du technique alors que les élèves français sont bacheliers de l’enseignement général. Les étrangers ont un taux de réussite nettement plus faibles dans les séries A à D du baccalauréat. Dans les séries du baccalauréat technique, les écarts sont plus réduits. Les deux filières techniques (F et G) sont fortement marquées par les oppositions sexuelles (très masculines pour la série F et très féminine pour la série G), par une origine populaire, par des performances scolaires moindres, un avenir universitaire aléatoire. Les filles sont massivement présentes dans les filières non scientifiques de l’enseignement secondaire (G, A, B) alors que les garçons, comme leurs homologues français, accèdent d’abord aux filières où les matières scientifiques sont importantes, voire décisives (F, G, C). Seule la série D accueille sensiblement le même pourcentage de filles et de garçons.
Les probabilités d’accès en terminale ne sont pas identiques selon que l’on est français ou étrangers. Pour les élèves français, la PCS des parents et le sexe sont des facteurs discriminants, localement et nationalement. Pour les étrangers, ce sont la PCS et la série, et non le sexe, qui sont déterminants dans la prolongation de la scolarité. Les différences entre les filles et les garçons sont rendues possibles par l’école. L’institution les a « traité » et réparti différemment en contribuant, à sa manière, à les « conformer » non seulement à leur destin scolaire mais aussi à leur futur destin professionnel possible.