L’examen rapide des données extraites de la base de donnée de BCDI nous a permis de mieux connaître la façon dont les élèves utilisent le CDI du collège Félix Esclangon en tant que fournisseur de document. Il semble que ce type d’usage dépende du nombre d’années passées dans l’établissement et de la classe des élèves, et que le rapport à la lecture évolue en même temps que l’usage. Nous allons construire un questionnaire à l’intention des élèves, afin de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse d’une relation entre leur usage du CDI et leurs pratiques de lecture. Pour cela, nous tiendrons compte des analyses qui précèdent, et des méthodologies employées dans d’autres enquêtes, qu’elles concernent le CDI, la lecture, ou les bibliothèques.
Avant d’élaborer concrètement les questions adressées aux collégiens - questions qui nous permettront d’expliquer la façon dont les élèves utilisent et se représentent le CDI par leurs pratiques de lecture - nous allons fixer le cadre de l’enquête et ses principes directeurs.
Une enquête hors du CDI
Les analyses menées par Claude Poissenot sur les jeunes et les bibliothèques et par Elodie Grandmontagne et Claude Poissenot sur un CDI de lycée nous ont montré qu’il était nécessaire de s’intéresser non seulement aux élèves fréquentant l’institution étudiée, mais également à ceux qui ne le fréquentent pas. Les raisons qui poussent les collégiens à venir au CDI nous intéressent autant que celles qui les conduit à ne pas s’y rendre.
Plutôt que de distribuer notre questionnaire aux élèves entrant dans le CDI, nous le soumettrons donc dans les classes. L’enquêteur sera présent auprès des collégiens pour leur préciser l’objectif de l’enquête et répondre aux questions qu’ils souhaiteraient poser s’ils éprouvent des difficultés à répondre aux questions.
Tenir compte du biais introduit par les représentations de la lecture
Nous avons abordé à plusieurs reprises la question des représentations de la lecture chez les jeunes, et en particulier chez les collégiens. Lorsqu’ils doivent évaluer le volume de leurs lecture, ou le temps qu’ils consacrent à cette activité, ils ont tendance à ce citer que leurs lectures de livres. Il faut donc les inciter à tenir compte de tous les types de lecture, étant donné que nous définissons la lecture comme « l’appropriation de tout support écrit ». Les questions doivent être formulées de telle sorte que la représentation dominante selon laquelle seule la lecture de livre est légitime influence le moins possible les réponses de élèves. La présence de l’enquêteur n’en est que plus nécessaire : il conviendra de préciser, lors de la distribution du questionnaire, que l’enquête ne vise pas à porter un jugement sur leur rapport à la lecture, et qu’ils peuvent prendre en compte n’importe quel type de support écrit dans les réponses qu’ils apporteront aux questions ne n’intéressant pas exclusivement à leur rapport au livre.
Pour que les données du questionnaire nous permettent de répondre à notre problématique, il nous faut dans un premier temps évaluer le rapport qu’entretiennent les collégiens à la lecture. Ensuite, nous devons mesurer leur usage du CDI et la représentation qu’ils s’en font.
Si certaines questions ne peuvent supporter qu’une seule réponse, par exemple les questions binaires, il faut donner la possibilité aux élèves d’apporter plusieurs réponses à certaines d’entre elles. Il leur est demandé, dans ce cas, de numéroter leurs réponses par ordre d’importance. Il sera ainsi possible, lors de l’exploitation des données extraites du questionnaire, de pondérer les réponses selon leur degré d’importance. Le questionnaire est inséré en annexe [1].
Mesure du rapport à la lecture
Pour commencer, il convient de déterminer le volume de livres lus par les collégiens pendant l’année. Cet indicateur n’est pas contradictoire avec la définition retenue pour la lecture : il devrait au contraire nous permettre de distinguer ceux qui lisent plus ou moins de livres, parmi les autres types de lecture. l’intensité de la lecture est évaluée par une question sur le temps consacré à la lecture pendant l’année.
Ensuite, les goût des élèves pour la lecture constitue un des facteurs les plus évidents pour comprendre leurs pratiques de lecture. La réponse qu’ils pourront apporter à la question « aimes-tu lire » est évidemment très subjective, c’est pourquoi une autre question leur est posée sur les raisons qui motivent leurs lectures : « pourquoi lis-tu ? ».
Ensuite, la façon dont les élèves se procurent leurs documents est également une composante importante de leur rapport au support écrit : les empruntent-ils, les consultent-ils dans des lieux dédiés à cet usage, les consultent-ils sur internet, ou bien les possèdent-ils ? Dans le même registre, leur inscription éventuelle en bibliothèque et la mesure du volume de documents empruntés dans ces équipements publics contribuera à l’analyse de leur rapport à la lecture.
Mesure de l’utilisation du CDI
L’inscription ou la non-inscription des élèves au CDI constitue un bon indicateur. Il faudra cependant considérer la réponse apportée à cette question comme subjective : objectivement, presque tous les élèves du collège sont inscrits aux CDI. Au cours de leur année de sixième, ils ont dû emprunter au moins un document lors des séances d’initiation à la documentation proposées par le documentaliste. Il s’agit ici de savoir si les élèves pensent être inscrits au CDI, et non s’ils possèdent réellement une carte de prêt. Pour connaître plus précisément la façon dont ils utilisent le CDI comme lieu d’approvisionnement en documents, on peut s’appuyer sur le nombre de documents empruntés pendant l’année.
La place occupée par le CDI dans leur vie de collégien est mesurée par leur activité préférée en cas d’heure libre : se rendre au CDI, en salle de permanence ou rester dans la cour de récréation. Le temps hebdomadaire passé dans l’enceinte du centre de documentation est probablement corrélé à cette préférence (un élève préférant consacrer ses heures libres à visiter le CDI y passera probablement plus de temps que les autres), mais un facteur aussi synthétique peut se révéler utile. De même, le nombre de visites hebdomadaires peut nous être utile : certains élèves peuvent se contenter de visites très brèves dont les indicateurs précédents ne tiennent pas compte.
Il convient ensuite d’évaluer les fonctions du CDI les plus utilisées. Savoir si l’élève y pratique en premier lieu la lecture, l’emprunt, le travail, le repos, la discussion, ou encore y assiste à un cours, nous donne une indication centrale sur la relation qu’il noue avec le centre de documentation. Pour finir, chacun de ces usages peut prendre un sens différent selon que l’élève préfère venir seul ou accompagné par ses pairs.
Mesure de la représentation du CDI
Pour évaluer la représentation du CDI par les collégiens, nous allons nous appuyer sur la fontion du CDI qu’ils considèrent comme la plus importante, indépendamment de l’usage, sur leur satisfaction vis à vis du fond documentaire, et sur la qualité qui est, selon eux, la plus importante pour un CDI.
[1] cf. Annexe 2 - questionnaire distribué aux élèves