On peut considérer Emile Durheim [1] comme le fondateur de la sociologie de l’éducation. Né an 1858, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure et agrégé de philosophie (au même titre que Pierre Bourdieu ou Christian Baudelot), il a été professeur en lycée avant d’enseigner les sciences de l’éducation à l’université de Bordeau. Il occupe ensuite la chaire de sciences de l’éducation à la Sorbonne (alors seule université parisiennne), à partir de 1902. Ses cours sont réunis dans deux ouvrages : Education morale [2] (enseignement pour les certifiés) et L’évolution pédagogique en France [3] (enseignement pour les aggrégés).
Le terme sociologie a quant à lui été créé par Auguste Comte [4] (1788-1857) pour englober les sciences ayant pour objet le genre humain (histoire, psychologie, économie, etc.). Il avait dans un premier temps proposer le terme de « physique sociale ». selon lui, l’observation des faits est le seul moyen de dévoiler scientifiquement des réalités sociologiques. Il ajoute qu’il est nécessaire d’observer ces faits avec impartialité. Le chercheur doit donc s’efforcer de considérer froidement l’ensemble des comportements qu’il étudie, surtout lorsque son idéologie l’incite à les critiquer. Auguste Comte attribut comme tâche à la sociologie la mise en relation de plusieurs fait observés, et la description des liens de causalité entre ces faits. Dans cet esprit, Emile Durkheim propose une méthode scientifique dans Les règles de la méthode sociologique [5] :
« On est si peu habitué à traiter les faits sociaux scientifiquement que certaines des propositions contenues dans cet ouvrage risquent de surprendre le lecteur. Cependant, s’il existe une science des sociétés, il faut bien s’attendre à ce qu’elle ne consiste pas dans une simple paraphrase des préjugés traditionnels, mais nous fasse voir les choses autrement qu’elles n’apparaissent au vulgaire ; car l’objet de toute science est de faire des découvertes et toute découverte déconcerte plus ou moins les opinions reçues. A moins donc qu’on ne prête au sens commun, en sociologie, une autorité qu’il n’a plus depuis longtemps dans les autres sciences - et on ne voit pas d’où elle pourrait lui venir - il faut que le savant prenne résolument son parti de ne pas se laisser intimider par les résultats auxquels aboutissent ses recherches, si elles ont été méthodiquement conduites. Si chercher le paradoxe est d’un sophiste, le fuir, quand il est imposé par les faits, est d’un esprit sans courage ou sans foi dans la science. »
Emile Durkheim, Préface à la première édition de Les règles de la méthode sociologique (1894).
Pour caractériser un fait social, Emile Durkheim procède par élimination : il observe de nombreux faits humains, mais montrer que certains de sont pas des faits sociaux. Ainsi, se nourrir n’est pas un fait social : il s’agit d’une nécessité organique dont l’étude relève d’autres disciplines que la sociologie. En revanche, les habitudes culinaires constituent un fait social.
Emile Durkheim différencie clairement les faits dont l’étude relève la sociologie de ceux qui concernent la psychologie : l’intelligence humaine, les processus cognitifs et la langage en tant que faculté humaine appartiennent au champ disciplinaire de la psychologie, tandis que les facteurs sociaux qui concernent les processus d’apprentissage, la formation de la pensée, et la langue intéressent les sociologues.
[1] Cf. annexe 1 - Emile Durkheim.
[2] DURKHEIM Emile. L’éducation morale. Paris, Presses Universitaires de France (Quadrige) : 1992. 256 pages. ISBN : 2130444865.
[3] DURKHEIM Emile. L’évolution pédagogique en France. Paris, Presses Universitaires de France (Quadrige) : 1999. 416 pages. ISBN : 2130424600 .
[4] Cf. annexe 2 - Auguste Comte.
[5] DURKHEIM Emile. L’évolution pédagogique en France. Paris, Flammarion (Champs n°198) : 1999. 256 pages. ISBN : 2080811983.