La plupart des études sociologiques considèrent les immigrés comme un groupe homogène où seule la nationalité est prise en compte. L’enquête de Michèle Tribalat permet à la fois de dépasser le critère de nationalité et de tester la validité de l’hypothèse d’homogénéité. Dans cette étude, l’obtention du baccalauréat sert d’indicateur d’évaluation des performances scolaires sur deux champs distincts d’observation : celui des jeunes d’origine étrangère (algérienne, espagnole et portugaise) et celui des français de souche. Les facteurs semblant jouer sur la réussite scolaire sont organisés en trois groupes : la sphère ethnique, sociale et familiale (sexe, origine ethnique, taille de la famille, rang dans la fratrie et origine sociale), la sphère migratoire (langue parlée avec les parents, avec les frères et sœurs, fait d’avoir au moins un frère (ou une sœur) né dans le pays des parents, écarts d’arrivée entre le père et la mère) et la sphère scolaire (âge d’entrée à l’école, fait d’avoir au moins un frère (ou une sœur) dans l’enseignement supérieur, nombre et cycle de redoublements).
Parmi les jeunes d’origine étrangère, la majorité des garçons font des études techniques courtes et les filles suivent souvent des études plus courtes que les françaises exceptées celles venues d’Espagne. Les jeunes d’origine algérienne réussissent de façon équivalente quelque soit leur sexe, moins bien que les autres enfants d’immigrés et n’ont généralement pas de diplôme. Les filles d’origine espagnole et portugaise ont une meilleure réussite que leurs frères et le même niveau que les enfants français. L’écart entre les filles et les garçons dépend de la position sociale du père, de l’origine ethnique, du pays de début de scolarisation et du redoublement. Ainsi, les filles issues des classes supérieures ou ouvrières sont meilleures que leurs frères mais la situation s’inverse pour les enfants d’employés. Les jeunes français issus de familles de plus de cinq enfants ont une moins bonne réussite. La tendance est la même pour les familles immigrées. Cependant, il faut tenir compte de l’origine ethnique. Ainsi, les jeunes d’origine algérienne réussissent mieux lorsqu’ils ont entre trois et cinq frères et sœurs. Les pratiques linguistiques à la maison traduisent les aptitudes linguistiques, les espoirs sur l’école et les stratégies d’ouverture ou de repli. Entre frères et sœurs, l’usage d’une seule langue permet une meilleure réussite scolaire car le bilinguisme traduit des difficultés en français. Avec les parents, l’usage du français se fait généralement en alternance et dépend de l’origine ethnique. Le bilinguisme apporte un avantage aux jeunes d’origine espagnole. Dans les familles portugaises, l’utilisation du français joue sur la réussite scolaire car elle dénote un investissement dans l’institution scolaire. Les jeunes d’origine algérienne réussissent de façon équivalente qu’ils parlent le français de façon exclusive ou non. L’âge de scolarisation a une influence sur le parcours scolaire. Pour les français, l’entrée à l’école après quatre ans a une influence négative mais ce facteur ne semble pas avoir d’impact pour les jeunes d’origine étrangère. Ils ont souvent une scolarité précoce. L’impact du redoublement dépend du cycle où il s’effectue et du comportement de la famille : acharnement ou découragement. Les enfants réussissent mieux s’ils redoublent au secondaire. Le redoublement au primaire a plus de conséquences pour les filles, et tout particulièrement pour celles d’origine espagnole chez qui il a un effet cumulatif. Il est moins pénalisant pour les jeunes d’origine portugaise ou algérienne pour qui les situations de redoublement sont plus fréquentes. Pour les jeunes d’origine étrangère, l’effet famille qui correspond au fait d’avoir un frère dans l’enseignement supérieur a plus d’influence que l’origine sociale et peut compenser le handicap socioculturel.
Finalement, le rôle de l’origine ethnique sur la réussite scolaire est relatif puisque la motivation familiale permet de compenser. Chez les jeunes d’origine espagnole, algérienne et portugaise, les caractéristiques interviennent différemment. Ils ne représentent pas un groupe homogène. Le rôle des facteurs, autres que la motivation, est d’autant plus complexe à étudier que les normes changent et l’importance de certains facteurs s’inverse avec le temps.